Chimie & Style Masculin

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Chimie & Style Masculin
Le style vestimentaire a connu de nombreuses évolutions au cours de l’histoire. D’abord exclusivement fonctionnel, le vêtement est progressivement devenu esthétique sous la Rome Antique.

Jusqu’à la fin de cette époque, hommes et femmes portaient traditionnellement des tenues très similaires, et les différences de codes stylistiques existaient alors uniquement entre les classes sociales.

Ce n’est qu’après l’Antiquité que le véritable schisme entre styles masculin et féminin est survenu. Deux branches de la mode ont alors évolué chacune de leur côté jusqu’à nos jours.

Désormais, des divergences notoires existent entre le vêtement pour homme et celui des femmes. Principalement au niveau des coupes, morphologies différentes obligent, mais également au niveau de la diversité au sein de la garde-robe.

ÉLÉGANCE MASCULINE VS ÉLÉGANCE FÉMININE : DEUX ÉCOLES DIFFÉRENTES

S’il y a bien un concept qui caractérise la mode féminine, c’est la liberté créative. Les femmes ont indéniablement accès à un vestiaire bien plus diversifié en termes de coupes et de type de pièces :

  • Jupes courtes
  • Jupes longues
  • Robes courtes
  • Robes longues
  • Robes de soirée
  • Combinaisons
  • Tailleurs
  • Vestes
  • Pantalons
  • Chemises
  • Hauts à manches
  • Hauts sans manches
  • Pulls
  • Cardigans
  • Capes
  • Manteaux classiques
  • Manteaux de fourrures

Tant de possibilités s’offrent à la gente féminine pour construire son élégance. Et encore, n’oublions pas de préciser que cette liste est non exhaustive, et que je n’ai même pas inclus les accessoires.

Du côté de l’élégance masculine classique, nous trouverons :

  • Vestes
  • Pantalons
  • Costumes
  • Smokings
  • Gilets
  • Chemises
  • Polos
  • Pulls
  • Cardigans
  • Manteaux classiques
  • Blousons

Même si nous pourrions débattre de l’inclusion du tee-shirt ou du short dans une tenue qualifiée d’élégante, il faut admettre qu’en tant qu’homme, nos choix sont beaucoup plus restreints.

Il existe aussi une grande disparité au niveau des codes stylistiques. Chez la gente masculine, ceux-ci sont beaucoup plus strictes, en particulier lorsque cela concerne la coupe de nos vêtements.

Par exemple, un pantalon avec une ouverture de jambe trop large sera très rapidemment identifié comme disgracieux chez un homme. Dans le cas d’une femme, je vous laisse en juger avec cette superbe photo d’un mannequin en tailleur-pantalon signé Yves Saint-Laurent.

L’époque n’est certes pas la même, mais ce type de pantalon coupé très larges sur le bas est loin d’être démodé chez les femmes. Et personnellement je trouve cela très harmonieux.

Cette grande différence de codes fait que nous acceptons beaucoup plus facilement les twists stylistiques originaux ou inhabituels lorsqu’ils apparaissent chez une femme plutôt que chez un homme.

En conséquence, dans la mode féminine, une pièce donnée pourra être déclinée en un nombre incalculables de coupes et de style différents. Il est d’ailleurs facile de s’en rendre compte sur les sites de prêt-à-porter en comparant les sections femme et homme pour un même type de vêtement.

La polyvalence du style féminin est telle que même les pièces du vestiaire masculin peuvent tout aussi bien être portées par ces dames. Yves-Saint-Laurent en a apporté la preuve dans les années 60 avec ses iconiques smokings et tailleur-pantalon tel que celui vu ci-dessus.

En revanche, cette affirmation n’est pas vraiment valable dans l’autre sens. Sauf bien sur si en tant qu’homme, vous aimez porter des robes pour vous sentir élégant. Après tout, qui suis-je pour juger ?

Un autre bel exemple d’élégance féminine utilisant des pièces habituellement associées au vestiaire masculin.
Crédit : Cifonelli & The Rake

La liberté et l’abondance de choix, voilà ce qui définit selon moi le style des femmes. Pour ce qui est des hommes, le peu de variété parmi les pièces nous encourage à nous tourner vers des matières, motifs, et / ou couleurs plus originales afin de nous diversifier.

Mais pour véritablement nous démarquer, nous devons définir notre style personnel par la manière d’assembler les pièces entre elles. J’en viendrais presque à citer un certain chanteur :

L’important ce n’est pas les vêtements, c’est comment vous les assemblez.

Prise individuellement, une pièce, même stylistiquement forte, ne pourra jamais définir ce qu’un homme souhaite exprimer. Seule la composition intégrale de la tenue en est capable de par l’interaction visuelle des pièces les unes avec les autres.

En bref, c’est exactement le même mécanisme que celui des éléments chimiques et de leur assemblage en molécules.

Le style, une simple réaction chimique


Et là je sens qu’il va falloir que j’explique mon angle de vue. Et pour cela, je me dois de faire un bref aparté physique-chimie pour éviter de perdre ceux qui auraient oubliés quelques cours au lycée, ou qui ont une mémoire sélective. Rassurez-vous ce ne sera pas long.

Toute la matière visible est constituée d’atomes, sortes de grains microscopiques eux-mêmes constitués de particules plus petites. Les protons et les neutrons forment le noyau de l’atome, et les électrons se situent autour du noyau dans une zone appelée orbitale.

Il existe à ce jour 118 types d’atomes différents, aussi nommés éléments chimiques. Ces derniers sont définis par le nombre de protons présents dans le noyau. Par exemple, les atomes possédant 1 proton sont de l’hydrogène tandis que ceux possédant 8 protons sont de l’oxygène.

Dans la plupart des situations, les atomes ne restent pas seuls. Ils s’assemblent en fusionnant une ou plusieurs orbitales, et en partageant des électrons. Ce sont ces assemblages que nous appelons molécules.

Une molécule d’eau (H2O) avec les orbitales des atomes d’hydrogène en gris et de l’atome d’oxygène en rouge. Notez que dans la réalité, les particules ne ressemblent pas à des billes.

En chimie comme en pharmacie, une molécule donnée aura certaines propriétés liées à tous les éléments qui la constituent (ou au moins aux éléments de son principe actif). Ajoutez, enlevez, ou remplacez ne serait-ce qu’un atome, et vous risquez d’affecter la nature même de la molécule ainsi que ses propriétés.

Par conséquent, vous modifiez son impact sur le corps humain ou l’environnement. Prenez par exemple l’eau, molécule indispensable à notre vie qui est constituée d’un atome d’oxygène et de deux atomes d’hydrogène (H2O). Remplacez l’oxygène par du soufre, et vous obtenez du sulfure d’hydrogène (H2S), un composé inflammable, toxique, et irritant pour la peau.

Et bien il en est de même pour une tenue vestimentaire. Un assemblage de pièces donné aura un impact visuel donné. Changez ne serait-ce qu’une ou deux pièces et vous pouvez affecter non seulement le style que vous souhaitez exprimer, mais également le contexte pour lequel la tenue est adaptée.

À gauche, une tenue avec veste et pantalon dépareillés pouvant aussi bien être portée dans un contexte professionnel peu conventionné qu’au restaurant pour un rendez-vous galant.
À droite, la tenue inclut cette fois-ci le costume complet. Elle appelle alors à plus de formalité et correspond moins à un contexte de détente.

Le port d’une pièce forte comme un pantalon blanc ou un blazer en flanelle de laine aura bien évidemment beaucoup plus d’impact qu’une pièce basique sur le rendu final. Mais souvent, même de simples accessoires peuvent faire toute la différence (tiens tiens, serait-ce l’annonce du sujet du prochain article).

À gauche, un costume porté avec une pochette blanche unie pliée en carré. Cette tenue est parfaitement adaptée à un contexte professionnel formel.
À droite, seuls les accessoires ont été changés. Il n’y a plus de cravate, mais surtout la pochette est maintenant colorée et agencée d’une manière plus expressive qui entache le côté professionnel de l’ensemble. Je verrais plus ce style porté en soirée ou dans un restaurant chic.

Comme nous le disions plus haut, les hommes sélectionnent les pièces de leur tenue parmi une petit liste d’éléments vestimentaires. Le meilleur moyen d’élargir le champ des possibilités est alors de se tourner vers des matières aux textures, couleurs, et motifs moins conventionnels.

Cela peut se révéler compliqué lorsque le prêt-à-porter propose surtout des pièces sans grande prise de risque stylistique. Pour les vêtements dits sartoriaux comme le costume, les palettes de couleurs se limitent souvent au bleu, gris, parfois marron, tandis que les textures restent celle de la laine froide et formelle.

On ne peut pas forcément leur en vouloir car ces couleurs sont les plus faciles à porter, et sont par conséquent celles qui se vendent le plus facilement. Utiliser des matières avec plus de caractère implique également un plus grand investissement, et donc une diminution des profits potentiels.

Le problème, c’est que plus les hommes restent dans leur zone de confort stylistique, plus ils inciteront les marques à proposer des pièces vues et revues. Le python se délecte alors de sa propre queue.

Pour sortir de ce cercle vicieux, mieux vaut se rendre chez les enseignes qui n’hésitent pas à privilégier le parti-pris stylistique plutôt que le profit.

Mais la solution la plus efficace reste de s’orienter vers le sur-mesure. Toute sa puissance réside non seulement dans le choix de la matière, mais aussi dans la sélection des détails de la pièce. Ce dernier point dépend en revanche du type de service choisi, mais nous y reviendrons dans un futur article.

Aujourd'hui je décris comment je vois la mécanique du style masculin par rapport à son homologue féminin.
Voici le tableau périodique des éléments chimiques vestimentaires.

Pour rester dans notre métaphore atomique, si on associe les différentes pièces du vestiaire masculin aux éléments chimiques, alors le sur-mesure donne accès à tous leurs isotopes !


Plaît-il ? Isotopes dites-vous ? Mais qu’est-ce donc ? Pas de panique, je fais vite. Nous avons vu plus haut que chaque élément chimique possède dans son noyau un nombre précis de protons. En revanche, le nombre de neutrons est variable suivant les atomes. Il définit des « versions » différentes de l’élément appelées isotopes.

Par exemple, le lithium, élément chimique dont le noyau comporte 3 protons, peut exister sous la forme d’atomes possédant 1 à 9 neutrons. Il existe donc 9 isotopes du Lithium, ou autrement dit, 9 versions différentes de l’atome de Lithium.


Compte tenu des limites que peut présenter le prêt-à-porter masculin en termes de diversité des pièces, le sur-mesure apporte donc une excellente solution pour maximiser nos choix dans la composition d’un style sartorial.

En donnant accès à toutes les versions possibles d’une même pièce, il nous permet d’assembler de nouvelles molécules vestimentaires, et d’engendrer des réactions chimiques jusqu’alors inconnues dans le regard des autres.


Crédit photo d’en-tête : Marine Santoni, La Folie des Grandeurs Design pour BeSpoken & Co


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