Ces petits détails qui font toute l’élégance

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Ces petits détails qui font toute l’élégance
Vous l’avez sûrement déjà remarqué en lisant l’article précédent, j’aime les approches scientifiques sur BeSpoken & Co.

Pour moi, les lois mathématiques, physiques, ou même biologiques peuvent en grande partie expliquer ou caractériser de nombreux aspects de la vie courante. Cela inclut bien évidemment le jugement que l’on porte sur un style vestimentaire.

Même si au premier abord, on pourrait penser que celui-ci n’est que pure subjectivité, il existe de nombreuses explications logiques au fait que vous soyez subjugués par l’élégance de ce gentleman qui savoure son café assis à cette terrasse là-bas. Et je ne parle pas seulement de l’influence culturelle de la mode et des tendances sur votre imaginaire.

Pour en revenir au sujet, c’est donc en me basant sur une loi mathématique bien connue que je vais expliquer en quoi le succès ou l’échec de votre tenue peut être souvent dû à de simple détails.

DE SIMPLES ACCESSOIRES VOUS DITES ?

Examinons deux manières de porter un costume de base.

Dans ce premiers cas, le costume est porté seul avec une chemise. L’épaule légèrement structurée, le tissu bleu marine uni, et la chemise en popeline blanche sont des caractéristiques associées à la formalité. Cela rend la tenue adaptée à un contexte professionnel, mais elle reste trop basique et plutôt impersonnelle. Porté de cette manière, le costume fait office d’uniforme. Et il est crucial d’éviter de donner cette impression.

Voici maintenant notre second cas. L’ensemble est constitué du même costume en tissu bleu foncé classique, mais accompagné cette fois d’accessoires qui dénotent d’une plus grande spontanéité, et d’une retenue moindre dans le choix des pièces. Cela a pour effet de faire disparaître l’uniforme de la photo précédente, et de le remplacer par une tenue qui dégage du caractère.

On remarquera que même si la pochette, l’écharpe, ou les bracelets ne couvrent visuellement qu’une petite proportion de l’individu, ils parviennent pourtant à changer notre ressenti de manière significative.

Des éléments occupant très peu d’espace sur votre personne font parfois la grande majorité du travail visuel. Et cela ne se limite pas aux accessoires : certains éléments d’une pièce tel que le col de chemise ou les pinces du pantalon peuvent avoir autant d’influence.

Ces détails pourraient paraître anecdotiques, mais ils impactent en réalité fortement l’appréciation que l’on a de votre style. Cette idée est illustrée dans de très nombreux domaines par le Principe de Pareto, aussi connu sous le nom de « Principe des 80-20 ».

LES PÉRIPÉTIES DE LA LOI DE PARETO

Au début du XXème siècle, l’économiste italien Vilfredo Pareto analyse la répartition des richesses au sein de plusieurs pays Européens.

Ses études l’ont amené à constater le même phénomène dans tous les pays. Si l’on classe les habitants selon leur niveau de richesse par ordre croissant, on constate qu’un faible pourcentage de la population détient systématiquement un fort pourcentage des richesses.

Suite à cette observation, Pareto théorise la loi mathématique éponyme qui définit ce type de distribution.

A l’origine, la loi de Pareto est uniquement utilisée dans le domaine des probabilités. Son éventail d’application s’élargit lorsque l’ingénieur Joseph Juran emploie pour la première fois l’expression « principe de Pareto » dans le cadre de la gestion de qualité. Il caractérise ainsi le fait que 80% des conséquences sont le produit de 20% des causes, d’où le nom alternatif « Principe des 80-20 ».

Ces chiffres ont pour origine les observations de Vilfredo Pareto qui avait déterminé que les distributions de richesses se situaient aux alentours de 80% pour 20% de la population. Mais cette proportion 80/20 est uniquement théorique. Car en réalité l’expression mathématique de la loi de Pareto contient des facteurs variables dont dépend la courbe de distribution illustrée ci-dessus. Et là je sens que je commence à vous perdre !

L’idée à retenir est simplement que la majorité des effets a pour origine une minorité d’actions. Ce principe peut être appliqué à de nombreux domaines : 80% d’un chiffre d’affaire est réalisé par 20% des clients, 80% des problèmes sont résolus par 20% des actions, 80% des résultats sont obtenus grâce a 20% des efforts,…

Et étant donné que vous êtes un lecteur attentif, vous voyez d’ores et déjà où je veux en venir.

20% DE LA TENUE PEUT FAIRE 80% DU STYLE

Qu’est ce qui fait l’appréciation d’un style ? La plupart diront tout simplement les goûts et les couleurs, et ils n’auront pas forcément tord. Mais ce qui va nous intéresser ici, ce sont les facteurs intrinsèques à une tenue. J’en distingue trois :

  • La silhouette que la coupe des vêtements dessine sur le porteur
  • Les interactions visuelles des pièces entre elles
  • Les caractéristiques des pièces prises individuellement

Une coupe adaptée à sa morphologie étant la base de l’élégance, les deux derniers facteurs sont selon moi les plus influents. Ce sont également ceux qui offrent le plus de leviers aux hommes pour définir leur élégance.

Il est en effet bien plus facile de jouer sur les couleurs, les matières, et les éléments caractéristiques des pièces que sur leur coupe. N’est pas Nick Wooster qui veut !

Ayant cela en tête, on peut alors interpréter l’application du principe de Pareto au style vestimentaire de deux manières différentes :

  • Une minorité d’effort contribue en majorité au rendu. C’est le cas d’une pièce forte audacieuse qui à elle seule dégagera une forte impression.
  • Une minorité d’éléments visuels contribue en majorité au rendu. C’est le cas lorsque de petits détails créent subtilement des jeux visuels, voire une histoire à la tenue.

Autrement dit, donner du caractère à un style, c’est un peu comme avec une salade. Vous pouvez soit inclure de gros ingrédients au goût très fort comme des poivrons, soit assaisonner subtilement avec des épices, ou avec quelques millilitres d’une bonne vinaigrette.

Le choix d’une pièce très forte est évidemment la technique la plus « rentre-dedans » pour affirmer votre personnalité. Le port d’un beau perfecto en cuir, d’un manteau de couleur vive, d’un pantalon blanc, ou même simplement d’un costume fait d’un tissu de caractère se remarque dès le premier coup d’œil et suffit pour se démarquer stylistiquement.

Cette stratégie présente plus de risque car presque tous le potentiel stylistique est concentré dans une seule pièce qui ne passera jamais inaperçue. Mieux vaut bien la choisir car dans ce genre de cas, cela passe, ou cela casse !

Avec ce genre de matière pour votre costume, pas besoin de grand-chose d’autres pour affirmer votre style. Remarquez au passage la justesse dans le choix des couleurs qui accompagnent ce magnifique ocre, jusque dans le motif de la chemise. Et pour couronner le tout, un subtil rappel pochette – motif de cravate. Du grand art signé Guillaume Bo.
Crédit : Robert Sheie

Les hommes qui privilégient une élégance plus subtile (et moins risquée) se tournent vers l’utilisation de pièces plutôt discrètes. Ils préféreront alors l’autre application du principe de Pareto : jouer sur les petits éléments qui ont le potentiel de changer drastiquement la vision que l’on a d’un style pour apporter du piment à la tenue.

Il existe 4 raisons pour lesquelles un détail aura un impact important sur un regard extérieur :

  • Il crée un jeu visuel avec le reste de la tenue. Cela peut être un jeu sur les couleurs, les proportions, ou même sur le registre (formel ou décontracté) des autres pièces. Exemple : un col de chemise pointant à la verticale affinera visuellement votre tête par rapport aux épaules.
  • Il fait appel à notre imaginaire. C’est le cas lorsque l’élément est associé à des codes assimilés inconsciemment ou non. Exemple : un foulard noué autour du cou et caché sous la chemise sera associé au dandysme.
  • Il dénote un certain raffinement, ou un certain niveau d’éducation stylistique. Cela n’est efficace que sur les connaisseurs. Exemple : laisser le dernier bouton du gilet ouvert.
  • Il est inhabituel. Le détail apporte de l’originalité, une touche de nonchalance pouvant être appréciée. Exemple : une petite chaîne fixée à votre boutonnière.

Gardez donc en tête que des éléments couvrant peu de surface sur votre personne peuvent énormément participer au caractère de votre tenue et faire toute la différence. Si vous ne souhaitez pas prendre de risque en portant une pièce trop forte, pensez donc au principe de Pareto, et dites-vous que le style peut s’exprimer efficacement de manière subtile.

Ici, c’est une autre histoire. Le costume est d’un bleu marine très classique et très formel. En revanche, le col mao de la chemise, la chaînette accrochée au bouton, et la branche de lunette qui dépasse de la poche poitrine sont les éléments qui nous interpellent. Ce sont eux qui font la majorité du travail stylistique : le col informel contraste bien avec le costume trois pièces, la chaînette apporte un petit côté vintage tout en indiquant un goût personnel pour les bijoux, et enfin les lunettes dans la poche poitrine ajoutent une touche de spontanéité.
Crédit : The Sartorialist

Passons maintenant en revue quelques exemples de ces éléments visuellement efficace. Leur appréciation variera selon les goûts, mais aussi selon le degré d’expérience en élégance masculine. Car en effet certains détails auront plus une influence d’origine culturelle tel que la milanaise.

LE COL DE LA CHEMISE

Véritable pilier de la chemise, le col est aussi le principal support du visage. Cette position fait de lui l’un des premiers, si ce n’est le premier détail de votre tenue à être remarqué.

C’est également la zone de la chemise qui ne sera jamais entièrement cachée par une veste ou par une cravate. Il concentre donc presque tout son potentiel stylistique. Du fait de sa proximité avec le visage, il se doit d’être adapté à celui-ci pour ne pas créer de déséquilibre visuel qui se remarquerait instantanément.

Le type de col définit le registre stylistique de la chemise. Un col italien n’aura pas le même effet visuel qu’un col américain ou qu’un col mao. Mais j’aurais l’occasion de revenir sur ce sujet plus en détail dans un futur article.

Au-dessus, un col assez ouvert qui met bien en valeur le nœud de cravate. En-dessous, un col bien plus fermé ayant un aspect plus formel et plus stricte.
Crédits : Haut – The Reef / Bas – The Rake

La tête de manche roulée

L’épaule est à la veste ce que le col est à la chemise. Sa construction détermine en grande partie quel sera l’impact de la pièce sur la silhouette ainsi que son registre. Mais pour moi le détail clé de l’épaule est la construction de la tête de manche.

Celle-ci peut comporter une cigarette, feuille d’ouate à la forme travaillée qui vient se loger à l’intérieure de la tête de manche pour relever le tissu au-dessus de la ligne de l’épaule. L’intérêt de cette construction est la formation de cet aspect « roulé ». La cigarette reste une technique sophistiquée qui demande un certain savoir-faire. Raison pour laquelle dans la plupart cas, le roulé de la tête de manche est obtenu différemment.

Ce détail apporte plus de structure à la silhouette ainsi qu’une bonne dose de prestance. Une tête de manche construite de cette manière possède un certain caractère formel. Il est donc essentiel de prendre en compte la présence ou l’absence de cigarette pour choisir sa veste avec la plus grande sagesse.

À gauche une épaule de type romaine. La tête de manche est remontée au-dessus de la ligne d’épaule. À droite, elle est dite « spalla camicia », épaule de chemise en français. Une construction typiquement napolitaine qui suit les lignes naturelles du corps. Les deux rendus n’ont pas du tout le même caractère.
Crédits : Gauche – True-bespoke / Droite – @the_neapolitan_gentleman

La boutonnière milanaise

La milanaise est une célèbre boutonnière pouvant uniquement être réalisée à la main grâce à une technique particulière. Seuls des artisans assez qualifiés savent coudre ce magnifique détail sartorial qui possède la particularité d’être très en relief par rapport au revers. Cela me donne presque cette impression qu’elle a été sculptée à même le tissu tel un bas-relief.

Peu visible à moyenne et longue distance, la milanaise peut paraître anecdotique à première vue. Mais aux yeux d’un connaisseur, remarquer ce détail sur le revers d’un homme témoigne très souvent d’un certain raffinement de son style.

Sa simple présence fournie à la pièce une portée stylistique et une appréciation supérieure. C’est pour cela que je considère la milanaise comme un détail qui n’en est pas un.

Une boutonnière de compétition !
Crédit : Cifonelli

Le roulé du revers

Aussi appelé « roll » par les puristes de l’anglophonie, ce détail est pour moi l’un des premiers indicateurs d’une confection de qualité.

Le roulé se remarque par cette transition douce entre le quartier avant de la veste et le revers. Contrairement aux vestes d’entrée de gamme où le revers est plaqué sur la veste, la cassure se forme progressivement pour que celui-ci se pose délicatement sur la poitrine.

Cela procure une belle harmonie aux lignes de la pièce. Dans le cas où le roulé est très marqué, il peut même accentuer légèrement la verticalité de la silhouette.

Admirez les magnifiques lignes de revers de cette veste signé Sartoria Raffaniello.
Crédit : Rex Lee

Les pinces du pantalon

Abondantes sur les pantalons jusqu’aux années 40-50, les pinces ont disparu du paysage stylistique lorsque le pantalon sans pinces plus ajusté est devenu populaire. Elles réapparaissent de plus en plus depuis la fin du XXème siècle, notamment sur les pantalons des lignes prêt-à-porter des maisons sartoriales.

Les pinces connotent fortement un style classique dans l’imaginaire collectif, dont l’appréciation dépendra évidemment des goûts personnels des individus. Certains admireront le côté gentleman et la dose d’élégance qu’elles apportent, d’autres trouveront que le style est passé de mode.

Mais une chose est indéniable, ce détail ne passe pas inaperçu, et ne laisse personne indifférent.

Et on oublie pas les beaux travettos réalisés à la main.
Crédit : Beyond Fabric

Les manchettes de la chemise sous la veste

Plus qu’un détail, les 1 à 2 centimètres de manchettes qui dépassent des manches de la veste sont une convention à respecter. L’impact de cette petite bande de tissu visible est à la fois psychologique et visuel.

En premier lieu, elle indique que vous possédez un minimum de connaissance sur l’élégance masculine, et que vous apportez une certaine attention aux dimensions de vos vêtements. Evidemment, cela impactera surtout les individus partageant la même éducation.

Ensuite, ce détail crée systématiquement un rappel de couleur efficace avec le devant de la chemise (ou le col le cas où ce dernier n’est pas de la même couleur que le reste de la pièce).

Mais le principal atout visuel qu’apporte le bout de manchette est cette transition douce entre la manche de la veste et la main. Cela permet au bras, et par extension, à la silhouette de paraître un peu plus grands que lorsque le bout de la manche de veste touche directement la main.

Les éléments de layering

Traduit littéralement, le mot « layering » signifie « créer des couches » en français. Cela désigne la superposition des vêtements tout en laissant les couches inférieures partiellement visibles. Par ce procédé, de nouveaux éléments visuels apparaissent sur la tenue.

L’ajout de ces détails apporte de nouveaux contrastes, de la perspective, et de nouvelles lignes qui impactent la silhouette. Les effets du layering peuvent également être créés grâce à des accessoires.

Une écharpe colorée glissée sous la veste ajoute un relief entre la chemise et les revers. En découle un jeu visuel du plus bel effet !
Crédit : The Resident

La disposition de la pochette

L’ajout d’une pochette en lui-même constitue déjà un détail significatif au sein d’une tenue. Dans les règles de l’art, elle est de préférence coloré et possède un grand pouvoir d’attraction sur notre regard. La manière de l’agencer sera donc déterminante pour le registre du look.

Modifier le pliage affecte non seulement le degré de formalité mais également la perception de votre personnalité. Une disposition bien géométrique et ordonnée comme le pliage carré ou la double pointe ne dira pas la même chose de vous qu’un pliage bouffant ou qu’une disposition en « fleur ».

Tenue pour le bureau à gauche, tenue pour le restaurant à droite. Tel que le dirait un certain vieux sage : « grand est le pouvoir d’une pochette sur le registre de ton style ».

Les rappels de couleurs discrets

Lorsqu’il est bien exécuté, un rappel de couleur crée un lien entre les pièces et renforce la synergie de la tenue. Cette unification du look améliore son harmonie et par conséquent, son efficacité.

Remarquer un rappel nous mène instinctivement à penser : « cette pièce fonctionne bien avec la tenue ». Sachant cela, des pièces fortes qui prises individuellement, apparaîtraient comme trop excentrique peuvent plus facilement être portée en intégrant un rappel.

Cependant, celui-ci se doit de rester subtil. Dans le cas contraire, il risque grandement d’associer un aspect artificiel au look. Le bon dosage se situera donc toujours quelque part entre la simplicité ennuyeuse et la sophistication extrême.

Voilà une bonne manière d’accorder la pochette avec la cravate : le rappel de couleur ne concerne qu’un détail presque anecdotique et non l’intégralité de la pochette.
Crédit : Chillaxing Road

Je termine en précisant que cette liste est subjective ainsi que non-exhaustive. Je vous invite donc à faire part de vos propres exemples dans les commentaires de cet article.


Crédit photo d’en-tête : Fabio Attanasio, The Bespoke Dudes


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